AMPHITHÉÂTRE

AMPHITHÉÂTRE

L’amphithéâtre est l’un des édifices les plus répandus et les plus caractéristiques du monde romain. Créé en Italie méridionale (Campanie) vers la fin du IIe siècle avant notre ère, ce type de monument continua à être construit dans de nombreuses villes jusqu’au début du IIIe siècle après J.-C. Il fut conçu spécialement pour le déroulement de spectacles violents et onéreux devenus très populaires, et dont le caractère sacré d’origine ne cessa de s’estomper: les combats de gladiateurs (munera ), auxquels furent associés bientôt les combats d’animaux (venationes ). Ceux-ci, offerts par de généreux donateurs, répondirent à un besoin fondamental de la société romaine. Utilisés à des fins publicitaires par les candidats briguant une charge publique à l’époque républicaine, ils seront donnés ensuite au profit exclusif de l’empereur.

Les plus grands amphithéâtres étonnent par l’ampleur de leurs proportions, mais de modestes édifices furent réalisés aussi dans de petites villes aux ressources limitées et, aux frontières de l’Empire, près des camps de la légion. Or, malgré l’importance majeure de ce type de monument, création incontestable de l’architecture romaine, aucun auteur antique, pas même Vitruve, ne nous a livré les secrets de sa conception originale: seules les recherches scientifiques récentes qui lui ont été consacrées ont permis de combler cette lacune. En effet, les vestiges connus de plus de deux cents amphithéâtres, les quelques informations fournies par les textes et la bonne connaissance du contexte historique au sein duquel l’édifice apparut nous ont éclairés sur la manière dont il fut conçu et réalisé.

La genèse de l’amphithéâtre

Après avoir été donnés à l’origine dans une nécropole auprès de la tombe d’un guerrier valeureux, les combats de gladiateurs, devenus davantage spectacle que rite, furent transférés sur le forum (comme cela est attesté à Rome, Pompéi, ou Cosa). L’augmentation du nombre des combattants et le changement de nature du spectacle expliquent sans doute cette évolution et le choix de ce premier cadre monumental. On délimitait alors, par une palissade, une simple aire de combat sur l’espace oblong de la place publique, entourée pour la circonstance de tribunes de bois destinées au public. Il est évident que la forme rectangulaire de la place conditionnait celle de ces constructions de bois amovibles et que l’existence des bâtiments périphériques du forum en limitait l’extension.

On ne sait pas si l’on chercha à perfectionner le fonctionnement des extrémités de l’aire de combat primitive en les disposant en hémicycle, mais il est certain, en revanche, que la forme idéale de l’arène, celle d’une ellipse, ne fut réalisée qu’à partir du moment où l’on décida de concevoir sur un espace libre, à la périphérie de la ville, un édifice d’un type nouveau et bien adapté aux problèmes techniques posés par le déroulement des munera et des venationes . Hors du quadrilatère étriqué du forum, le monument destiné aux combats put être doté d’une arène elliptique qui ajoutait à son allongement traditionnel une courbure générale très favorable à l’évolution des combattants (suppression des angles morts) et à la perception visuelle globale du spectacle par le public assis sur les gradins (amélioration des angles de vue des spectateurs). L’importance de la perception visuelle était fondamentale dans l’amphithéâtre, comme l’indique aussi sans doute le nom utilisé pendant longtemps pour le désigner (spectacula ). Ce mot, employé au pluriel, reflète-t-il l’intention première des architectes d’accoler deux théâtres semi-circulaires de façon à déterminer, à proprement parler, un «amphi-théâtre» (double théâtre, ou un théâtre entièrement refermé sur lui-même)? Il est sûr en tout cas que le double théâtre réalisé par Curion le Jeune à Rome, en 52 avant J.-C., ne put être à l’origine de l’amphithéâtre puisqu’il s’agit d’une construction éphémère, en bois, érigée bien après l’apparition des premiers édifices de ce type bâtis en pierre. Le mot amphithéâtre, employé d’abord au pluriel (amphitheatra ), enfin, au singulier (amphitheatrum ), ne devint d’un usage courant qu’à partir du IIe siècle après J.-C.

Organe essentiel et original de l’édifice, l’arène fut délimitée par la paroi continue et lisse du «mur du podium». La hauteur de ce dernier était suffisante pour protéger les spectateurs de tout danger. Un parapet la surmontait encore (balteus ), et parfois des filets de protection additionnels. Des portes communiquant avec des pièces de service ou un corridor permettaient de faire sortir les combattants de plain-pied dans l’arène. L’un des plus anciens amphithéâtres connus, celui de Pompéi, construit vers 70 ou 65 avant J.-C., révèle d’emblée les caractéristiques générales définitives de ce type de monument: une arène elliptique, plane et centrale, entièrement entourée de gradins.

Il est évident que les architectes qui conçurent l’amphithéâtre voulurent lui conférer les avantages techniques issus de l’évolution architecturale des théâtres, surtout en ce qui concerne la conception de la cavea (partie de l’édifice où le public prenait place). Ainsi les gradins furent-ils disposés en pente et, le cas échéant, sur une structure artificielle constituée de murs rayonnants et de voûtes, ce qui autorisait la réalisation de l’édifice même en des lieux où le terrain était plat. On reproduisit également les divisions de la cavea en différentes catégories de places. Les meilleures, celles du podium, étaient disposées en bas et attribuées aux personnages de marque, alors que les gens de modeste condition et les femmes devaient se contenter des moins bonnes, non réservées et situées en haut de l’édifice. Ainsi la cavea fut-elle divisée horizontalement en anneaux successifs (appelés maeniana ) séparés par des espaces de circulation qui établissaient une nette rupture dans la pente des gradins (les praecinctiones ). De petits escaliers, descendant des vomitoires d’accès, découpaient à leur tour ces maeniana en différentes portions (les cunei ) qui correspondaient à un nombre de spectateurs variant entre quatre cents et cinq cents. Sur le petit axe de l’arène, une tribune d’honneur était réservée aux présidents des jeux (édiles qui les avaient financés et organisés en province; le plus souvent, un grand prêtre du culte impérial) ou à l’empereur en personne.

Plusieurs autres perfectionnements furent apportés à la conception des amphithéâtres comme l’installation du velum (ensemble de voiles coulissantes supportées par des cordages fixés en façade à des mâts de bois), dispositif destiné à protéger les spectateurs du soleil à toute heure de la journée.

De même, on aménagea à partir du Ier siècle après J.-C., dans le sous-sol de l’arène de certains grands amphithéâtres, d’importantes annexes comprenant une série de pièces destinées accueillir les fauves, des galeries de service pour déplacer les cages et tout un système de pans inclinés et de monte-charges permettant de faire sortir les gladiateurs, les fauves et les accessoires (arbres, rochers factices, édicules) au milieu du décor au sein duquel les combats se déroulaient.

La formule traditionnelle du spectacle qui finit par prévaloir (munus justum ou legitimum ) comprenait des combats d’animaux le matin, puis un intermède à midi prévu au moment où les gradins commençaient à se vider lorsque les spectateurs allaient se restaurer (il s’agissait alors souvent de l’exécution de condamnés qui étaient livrés aux fauves). L’après-midi était réservé aux combats de gladiateurs qui constituaient la phase la plus appréciée du spectacle.

La plus grande variété était recherchée. En ce qui concerne la venatio , on présentait les animaux les plus rares et on les opposait les uns aux autres. Des chasses étaient organisées dans l’arène, des intermèdes à caractère mythologiques étaient joués, le tout ponctué par une musique clinquante et répétitive. De même, il ne faut pas imaginer un seul combat entre deux antagonistes ou un simple duel entre gladiateurs, mais plusieurs combats simultanés. L’amphithéâtre devait donc répondre à un certain nombre de contraintes techniques, afin que les combattants puissent évoluer aisément et que le spectacle se déroule en continu.

On peut dire que la seule partie vraiment originale de ce type d’édifice est son arène elliptique et que celle-ci a déterminé la forme générale de l’édifice tout entier. Sa cavea , en revanche, ressemble beaucoup à celle d’un théâtre, si ce n’est qu’elle se referme entièrement sur elle-même et, qu’en entourant l’arène, elle adopte la forme d’un grand anneau elliptique, fait qui ne fut pas sans conséquence sur le plan technique. En effet, s’il est facile de tracer au sol une ellipse au cordeau, il est impossible de dessiner à partir des mêmes foyers d’autres ellipses parallèles. Autrement dit, on ne pourrait de façon simple tracer à partir des mêmes points le contour de l’arène, celui des galeries intérieures de l’édifice et celui de sa façade. Or, si Vitruve, qui cite simplement le mot amphitheatrum , ne nous révéle rien de la conception des amphithéâtres, l’étude du plan de nombreux édifices bien conservés a permis de montrer comment les architectes romains surent résoudre de manière très ingénieuse ce problème. Au lieu de dessiner de véritables ellipses, ils conçurent un tracé fait de quatre arcs de cercle raccordés qui imitait au plus près le contour d’une véritable ellipse. Les centres de ces cercles correspondaient aux sommets de figures géométriques connues (combinaison de triangles de Pythagore 3, 4, 5 ou de triangles équilatéraux) grâce auxquelles l’orthogonalité parfaite des deux grands axes de l’édifice était préalablement obtenue. On ne cherchait donc plus à tracer des ellipses concentriques (chose impossible géométriquement), mais des arcs de cercle. La conception et le tracé de l’amphithéâtre se résumaient désormais en une juxtaposition de quatre secteurs semi-circulaires. Elle se ramenait donc entièrement au cas du théâtre, édifice bien connu et qui eut longtemps une nette avance technique sur l’amphithéâtre. Les premiers grands monuments de spectacle dont la structure se composait de murs rayonnants et de voûtes furent en effet des théâtres. Celui de Pompée à Rome, bâti en 55 avant J.-C., ou celui de Marcellus, dédicacé en 11 avant notre ère. Ils précédèrent nettement les premiers amphithéâtres bâtis sur le même principe (ceux de Vérone et de Pula, datés de l’époque julio-claudienne).

On constate que la façade d’un amphithéâtre ne diffère en rien de celle d’un théâtre, qu’il s’agisse d’un monument largement adossé à une pente et dont les gradins étaient supportés par des remblais (dit amphithéâtre «à structure pleine», comme à Mérida, ou d’un édifice prestigieux qui, vu de l’extérieur, offrait aux regards l’ensemble de ses galeries à arcades étagées, surmontées d’un étage d’attique (dit amphithéâtre «à structure creuse», comme à Nîmes).

Malgré la nette évolution technique que l’on perçoit des origines au IIe siècle après J.-C. et dont le point culminant fut marqué par la construction du Colisée de Rome (le plus grand amphithéâtre de tous les temps, dont la contenance atteignait 50 000 places), on continua, dans de petites villes et pour des raisons d’économie, à réaliser des monuments à structure pleine. Une grande variété de solutions fut appliquée quant à la réalisation pratique de l’édifice, à savoir adossement partiel de la cavea , recours aux matériaux locaux les plus courants: bois et terre (en Germanie), galets du fleuve (à Vérone), brique (à Capoue et Italica). La pierre de taille fut, d’une façon générale, réservée à la réalisation des façades les plus prestigieuses, celles des amphithéâtres de villes riches (Arles, Nîmes, Rome, Pouzzoles) et rarement à l’ensemble de l’édifice comme ce fut le cas à Thysdrus (El-Jem) au début du IIIe siècle après J.-C.

L’amphithéâtre et les autres édifices d’accueil des combats

Pendant longtemps, Rome constitua un cas particulier par rapport aux autres villes. En effet, alors que beaucoup s’étaient déjà dotées d’un amphithéâtre, on continua longuement à donner ici les munera sur le Forum Romanum . C’est sans aucun doute le prestige inégalable de ce lieu, cœur de la capitale du monde romain entouré d’édifices sacrés, qui justifia aussi longtemps cette préférence. D’autres lieux prestigieux servirent également au déroulement de munera comme les Saepta Iulia (l’ancienne enceinte des élections), une vaste place entourée de portiques. Le Circus Maximus , conçu pour le déroulement de courses de chars en raison de ses dimensions considérables (plus de 600 mètres de longueur et une contenance de 250 000 places), fut réutilisé pour l’organisation de combats. Toutefois, afin de remplir l’immense espace de sa piste, ces derniers étaient beaucoup plus importants que les venationes ou les munera qui se déroulaient dans l’arène d’un amphithéâtre. De même, les grandes naumachies, combats donnés sur l’eau, se déroulaient dans un bassin du même nom (naumachia ) qui pouvait atteindre plusieurs centaines de mètres de longueur et qui dépassait donc de loin les dimensions d’une arène (50 m sur 30 m en moyenne). Certains amphithéâtres comme celui de Mérida possédèrent toutefois un bassin, et l’on sait que des naumachies furent données dans l’arène pour l’inauguration du Colisée en 80 après J.-C. Ce n’est qu’avec l’apparition de cet édifice, successeur d’un premier amphithéâtre de bois bâti par Néron, que Rome fut enfin dotée d’un monument vraiment digne d’elle.

En Orient, on utilisa parfois en outre les grands stades pour l’organisation de spectacles, et l’extrémité courbe de certains d’entre eux (comme à Perge et à Aphrodisias) fut tardivement aménagée en arène, mais ce ne sont là que des modifications ponctuelles concernant des édifices d’emprunt.

L’amphithéâtre dans son contexte culturel et urbain

Partout dans l’Empire l’amphithéâtre apparut comme un puissant moyen de romanisation. Il était le lieu où se déroulaient des spectacles de masse nés en Italie et organisés par les autorités locales que l’on voyait d’ailleurs sur les gradins, symboles vivants du pouvoir politique impérial. Dans toutes les provinces de la Gaule, cet édifice fut l’apanage des grandes villes neuves créées ou rebâties sur un plan orthogonal. Cependant, dans les provinces de Belgique, Lyonnaise et Aquitaine, qui furent les dernières conquises, d’autres types de monuments apparurent aussi en relation avec de grands sanctuaires. On découvre ainsi à Grand (Vosges) un monument comprenant une arène elliptique mais qui n’est entourée que partiellement par la cavea (type d’édifice que l’on désigne sous le nom de «semi-amphithéâtre»). À Sanxay (Vienne) ou à Drévant (Cher), le monument a une forme générale semi-circulaire, mais il possède tout à la fois une arène et une sorte de petite scène atrophiée dont la fonction n’a pu jusqu’à présent être clairement explicitée (ce type d’édifice est désigné sous le nom de «théâtre-amphithéâtre gallo-romain»). Liés à des sanctuaires d’origine gauloise réaménagés de manière importante à l’époque romaine, ces édifices attestent, par leur conception particulière, de la survivance de pratiques propres à la Gaule «celtique», mais il n’en demeure pas moins qu’on les construisit surtout pour le déroulement de munera et de venationes et qu’ils furent les instruments d’une romanisation déterminée, hors d’un contexte urbain, en des lieux sacrés et – pourrait-on dire – des points «stratégiques» sur le plan idéologique.

En Asie Mineure, le développement considérable des combats, attesté par l’abondance des bas-reliefs et des textes, n’amena pas la construction de nombreux amphithéâtres mais la conception d’un type de monument particulier: le «théâtre-amphithéâtre oriental». Qu’il s’agisse d’un théâtre hellénistique réaménagé (comme à Éphèse et à Aphrodisias) ou d’une construction romaine d’un seul jet (comme à Perge, Aspendos ou Side). L’édifice possédait toujours un plan en fer à cheval, destiné à lui conserver toutes ses qualités acoustiques, et une véritable scène décorée avec profusion, preuve que les spectacles scéniques y conservaient toute leur importance. Cependant, il était doté aussi d’une véritable arène avec mur de podium, balteus , filets de protection, portes de service et pièces annexes. Seules les villes de Pergame et de Cyzique possédèrent un véritable amphithéâtre elliptique de type occidental, comme c’est le cas pour les autres provinces orientales, en particulier la Syrie.

Les variantes constatées dans la conception générale du plan des édifices attestent l’existence de facteurs culturels qui différaient d’une province à l’autre. Si ces derniers restent encore pour l’essentiel à étudier de façon systématique, il n’en demeure pas moins que l’amphithéâtre – ou son subsitut en Asie Mineure, le théâtre-amphithéâtre oriental – atteste le développement généralisé des munera et des venationes dans l’Empire.

Les munera continuèrent à être donnés tant que les fortunes municipales purent en assumer le coût, et l’on constate que c’est la disparition de ce type de combat pour des raisons plus économiques encore qu’idéologiques qui amena la fin de la construction des amphithéâtres. Après la crise de 238, aucun ne sera plus réalisé, certains seulement seront encore utilisés pour le déroulement de venationes , mais la faveur du public ira dans l’Empire byzantin aux courses du cirque.

amphithéâtre [ ɑ̃fiteatr ] n. m.
• 1213; lat. d'o. gr. amphitheatrum
1Hist. rom. Vaste édifice circulaire à gradins étagés, occupé au centre par une arène, destiné d'abord et essentiellement aux combats de gladiateurs (plus tard, à divers spectacles, même à des naumachies). L'amphithéâtre Flavien : le Colisée. — Par compar. S'élever en amphithéâtre, former un amphithéâtre : s'étager sur une pente. « la ville étagée en long amphithéâtre » (Hugo).
(1927) Géol. Amphithéâtre morainique : suite de moraines terminales disposées en arc de cercle autour de l'extrémité d'une langue glaciaire.
2(1690) Étage supérieur d'un théâtre, où les spectateurs sont placés sur des gradins superposés. poulailler.
3(1751) Local garni de gradins, réservé aux cours et travaux pratiques d'anatomie et de chirurgie; par ext.(XIXe) Salle similaire où les professeurs d'université font les cours. région. auditoire, aula. Abrév. fam. (1829) AMPHI . Le grand amphi.
Ensemble des étudiants d'un amphithéâtre. Cours donné dans un amphithéâtre. Suivre un amphi. Des amphis.

amphithéâtre nom masculin (latin amphitheatrum, du grec amphitheatron) Édifice de plan souvent elliptique, à gradins, arène et coulisses, élevé par les Romains et destiné aux spectacles (combats de gladiateurs, chasses, etc.). Dans les théâtres d'architecture traditionnelle, ensemble des places situées au-dessus des balcons et des galeries. Salle de cours aménagée en gradins, d'abord tout autour de la table d'expériences (amphithéâtre de chirurgie), puis d'un seul côté ; vaste salle de cours ou de conférences à gradins. Lieu rappelant cette forme : Un amphithéâtre de verdure. À l'hôpital, lieu où se pratiquent les autopsies. ● amphithéâtre (expressions) nom masculin (latin amphitheatrum, du grec amphitheatron) Amphithéâtre morainique, moraines terminales, disposées en arc de cercle autour de l'extrémité d'une langue glaciaire. ● amphithéâtre (synonymes) nom masculin (latin amphitheatrum, du grec amphitheatron) Dans les théâtres d'architecture traditionnelle, ensemble des places situées au-dessus...
Synonymes :
Lieu rappelant cette forme
Synonymes :
- hémicycle

amphithéâtre
n. m.
d1./d ANTIQ ROM Vaste édifice à gradins, de forme ronde ou elliptique, destiné principalement aux combats de gladiateurs et aux jeux publics. Amphithéâtre de Pompéi.
|| Terrain en amphithéâtre, aux pentes incurvées et s'élevant graduellement. Alger est bâtie en amphithéâtre.
d2./d Par anal. Salle de cours, garnie de gradins. (Abrév. Fam.: amphi). Syn. (Afr. subsah., Belgique, France rég., Suisse) auditoire.
d3./d GEOMORPH Construction morainique en forme de rempart à convexité tournée vers l'aval.

⇒AMPHITHÉÂTRE, subst. masc.
A.— ARCHIT. Édifice garni servant à recevoir un public.
1. ANTIQ. ROMAINE. Grand édifice de forme ronde ou ovale, garni de gradins et destiné aux jeux publics. L'amphithéâtre de Vespasien, à Rome, s'appelle aujourd'hui le Colisée (Ac. 1798-1932) :
1. ... Cymodocée s'élance comme une flèche légère, et va tomber dans les bras de son époux. Cent mille spectateurs se lèvent sur les gradins de l'amphithéâtre, et s'agitent en tumulte. On se penche en avant, on regarde dans l'arène, on se demande quelle est cette femme qui vient de se jeter dans les bras du chrétien.
F.-R. DE CHATEAUBRIAND, Les Martyrs, t. 3, 1810, p. 239.
2. P. anal., vieilli, THÉÂTRE MOD.
a) Partie de la salle s'élevant en gradins au-dessus de l'orchestre et en-dessous des loges et faisant face à la scène.
2. — Pourquoi, dans tous les théâtres, mais principalement aux Français, à l'Opéra et à Feydeau, l'orchestre et l'amphithéâtre (c'est-à-dire les meilleurs places) sont abandonnés aux billets donnés, aux femmes-de-chambre des actrices, tandis que les balcons, d'où l'on ne voit les acteurs et les décorations que de profil, sont tout à-la-fois les places les plus incommodes, les plus distinguées et les plus chères?
V. DE JOUY, L'Hermite de la Chaussée d'Antin, t. 1, 1811, p. 114.
P. ext. Partie de la salle désignant l'étage supérieur; ou l'ensemble des étages au-dessus de l'orchestre. Synon. de poulailler, paradis.
Rem. Emploi rare, scène (en demi-cercle) d'un théâtre :
3. Une jeune fille vêtue de blanc et couronnée de fleurs parut sur une espèce d'amphithéâtre qu'on avait préparé. C'était elle qui devait chanter les vers de Corinne.
G. DE STAËL, Corinne, t. 3, 1807, p. 426.
b) P. iron. Salle d'une assemblée parlementaire. Fam. Habitué d'amphithéâtre. ,,Sénateur.`` (BRUANT 1901).
Rem. La salle des assemblée parlementaires est auj. communément appelée hémicycle, d'après la forme de la salle.
c) P. méton. Public d'un amphithéâtre :
4. Les ennemis du Parlement couraient déjà à travers Paris montrer les mots dont ils avaient ensanglanté leurs adversaires. La ville, la France, devenues un immense amphithéâtre, applaudissaient le succès.
M. BARRÈS, Leurs figures, 1901, p. 165.
3. P. ext.
a) Édifice caractérisé par une disposition (circulaire ou en hémicycle) en gradins :
5. Dans quelques basiliques latines on multipliait les bancs du prœsbyterium, en en plaçant plusieurs les uns au-dessus des autres; la basilique de Torcello en présente six, qui forment un véritable amphithéâtre pouvant contenir un clergé très nombreux.
A. LENOIR, Architecture monastique, t. 1, 1852, p. 205.
b) Salle d'une faculté de médecine garnie de gradins et réservée aux cours et travaux pratiques d'anatomie :
6. ... avant d'aller pourrir dans la fosse commune, tu seras porté à l'amphithéâtre. On te jettera sur une table de pierre, on découpera ton corps en morceaux. Un carabin fendra à coups de hache ta grosse tête de mulet...
E. ABOUT, Le Nez d'un notaire, 1862, p. 166.
Salle similaire où les professeurs des autres facultés donnent leurs cours (abrév. fam. amphi) :
7. ... il me poussa dans le grand amphithéâtre où le professeur Demangeat enseignait le droit romain. De nombreux étudiants l'écoutaient dans un profond silence et prenaient leurs notes si précipitamment, qu'ils semblaient recueillir toutes ses paroles.
A. FRANCE, La Vie en fleur, 1922, p. 432.
Rem. Les premiers amphithéâtres d'anatomie (cf. celui de Padoue) étaient circulaires ou en ovale, les travaux se faisant au fond du dispositif sous les yeux des étudiants placés dans les gradins.
Spéc., arg. des Écoles. Cours, exposé donné dans un amphithéâtre. Faire un amphi; cf. aussi ESN. 1966, s.v. amphi pour les autres accept. argotiques.
B.— P. anal. [En parlant d'un terrain, d'un site] Lieu offrant une éminence et dont la disposition en gradins rappelle celle d'un amphithéâtre circulaire ou demi-circulaire :
8. Si vous suivez le sentier, en remontant le cours de l'eau, après deux heures de marche, vous découvrirez un vallon dessiné par l'élargissement circulaire des deux collines entre lesquelles Le Clain a fait son lit. Imaginez deux amphithéâtres de verdure, élevés en face l'un de l'autre et séparés par la rivière qui les réfléchit tous les deux.
J. SANDEAU, Mademoiselle de la Seiglière, 1848, p. 3.
9. À cinq cents pas de la maison des Chapdelaine la berge de la rivière Péribonka descendait à pic vers l'eau rapide et les blocs de pierre qui précédaient la chute, et de l'autre côté du courant la berge opposée montait comme un amphithéâtre de rocher en coteau, de coteau en colline, mais comme un amphithéâtre qui se prolongeait sans fin vers le nord.
L. HÉMON, Maria Chapdelaine, 1916, pp. 112-113.
GÉOGR. Amphithéâtre morainique :
10. Lorsqu'un glacier se retire, il laisse à sa partie antérieure une sorte de bassin limité par sa moraine frontale; c'est cette formation qui a reçu le nom d'amphithéâtre morainique. Le plus souvent, cet amphithéâtre est occupé par un lac ou un marais.
QUILLET 1965.
HORTIC. ,,Il se dit quelquefois pour signifier ce qu'on appelle plus particulièrement un vertugadin.`` (Ac. Compl. 1842; cf. aussi BESCH. 1845).
C.— Loc. En amphithéâtre.
1. [En parlant de la disposition d'une salle] Les sièges destinés au public étant disposés en gradin et selon un demi-cercle par rapport à la scène :
11. C'était la même salle où mon père avait joué la comédie avec nos amis les Duvernet, une ancienne église de couvent, où l'on voyait encore les dessins des ogives mal recouvertes d'un plâtre plus frais que celui des murailles, le tout surmonté d'un plafond de solives brutes posé après coup, et meublé de mauvais bancs de bois en amphithéâtre.
G. SAND, Histoire de ma vie, t. 3, 1855, pp. 55-56.
2. [En parlant de la disposition d'un lieu] Selon un plan incliné et plus ou moins circulaire :
12. Ce jardin en amphithéâtre serait d'un effet admirable si d'en bas l'on apercevait l'ensemble. Ce serait une sorte de colisée végétal, un triomphant autel de la nature...
J. MICHELET, Journal, avr. 1839, p. 297.
13. Montigny construit « en amphithéâtre »? Non, je ne le vois pas ainsi; à ma manière, c'est des maisons qui dégringolent, depuis le haut de la colline jusqu'en bas de la vallée; ça s'étage en escalier au-dessous d'un gros château...
COLETTE, Claudine à l'école, 1900, p. 7.
Prononc. ET ORTH. — 1. Forme phon. :[]. L'ensemble des dict. transcrivent ce mot avec [] post. long. 2. Forme graph. — FÉR. Crit. t. 1 1787 fait observer : ,,amphithéâtre et non pas amphitéatre, ni amfitéatre. Il convient de mettre un accent circonflexe sur le â.``
Étymol. ET HIST. — 1. 1213 hist. romaine amphiteaitre « grand bâtiment disposé par degrés destiné au spectacle » (Vocab. Faits des Romains ds Romania, t. 65, p. 482, s.v. amphithéâtre : Il avoit une grant place à Rome ceinte de haut mur, que l'on apeloit cercle ou amphiteaitre), attest. isolée; 1532 amphithéâtre « id. » (RABELAIS, Pantagruel, V ds Fr. mod. t. 23, p. 299 : fist le pont du Guard et l'amphithéâtre de Nîmes); 2. a) 1690 (FUR. : Amphithéâtre [...] en France, se dit d'un lieu élevé vis-à-vis du théâtre d'où l'on voit commodément la Comédie; il est au dessous des loges et plus haut que le parterre); b) av. 1694 « ensemble des spectateurs qui se trouvent dans un amphithéâtre » (LA BRUY., Ouvr. de l'espr., 8 ds ROB. : ces endroits étaient clairs et intelligibles pour les acteurs, pour le parterre et l'amphithéâtre); 3. a) p. anal. 1690 (FUR. : On dit [...] d'une colline qui s'élève doucement et en rond, qu'elle s'élève, qu'elle se courbe en amphithéâtre); 1751 jard. (Encyclop. t. 1 : Amphithéâtre de gason ou Vertugadin est une décoration de gason pour régulariser un côteau); b) av. 1719 fig. (Mme de Maintenon ds Lar. 19e : Le monde est un vaste amphithéâtre); 4. 1751 (Encyclop. t. 1 : Amphithéâtre [...] lieu où sont des gradins [...] élevés circulairement [...] occupés par les étudiants [...] le démonstrateur occupe le milieu de l'arène).
Empr. au lat. amphitheatrum « id. » (PLINE, Nat. 16, 200 ds TLL s.v., 1984, 23 : ad Neronis principis amphitheatrum), lui-même empr. au gr. « théâtre (siège des spectateurs) des deux côtés » (DION CASSIUS 43, 22 ds BAILLY); cf. avec 3 a : IIe s., RUTILIUS NAMATIANUS 1, 239 ds TLL s.v., 1984, 76 : molibus aequoreum concluditur amphitheatrum in portu Centumcellensi.
STAT. — Fréq. abs. litt. :421. Fréq. rel. litt. :XIXe s. : a) 1 200, b) 611; XXe s. : a) 332, b) 238.
BBG. — BACH.-DEZ. 1882. — BAR 1960. — BAULIG 1956. — BÉL. 1957. — BÉNAC 1956. — BOISS.8. — BOUILLET 1859. — BRUANT 1901. -CAPUT 1969. — CHABAT t. 1 1875. — ESN. 1966 (s.v. amphi). — ÉTIENNE (R.). La Naissance de l'amphithéâtre, le mot et la chose. R. Ét. lat. 1965, t. 43, pp. 213-220. — GITEAU 1970. — GOUG. Lang. pop. 1929, p. 89. — JOSSIER 1881. — LAVEDAN 1964. — LITTRÉ-ROBIN 1865. — PERRAUD 1963. — PRÉV. 1755. — ST-EDME t. 1 1824.

amphithéâtre [ɑ̃fiteɑtʀ] n. m.
ÉTYM. 1532; amphiteaitre, 1213; du lat. amphitheatrum, grec amphitheatron, de amphi-, et theatron. → Théâtre.
1 Hist. rom. Vaste édifice circulaire à gradins étagés ( Cavea), occupé au centre par une arène, destiné d'abord et essentiellement aux combats de gladiateurs (plus tard, à divers spectacles, même à des naumachies). || L'amphithéâtre Flavien (ou Colisée). || Velarium, podium, vomitoire d'un amphithéâtre.
0.1 Mais, si l'architecture doit aux cérémonies l'amphithéâtre, qui est la pyramide renversée, ou presque, c'est au tombeau, signe ancien et naturel entre tous, qu'elle doit la pyramide, qui n'est qu'un grand tas de pierres équilibré par la seule pesanteur.
Alain, les Idées et les Âges, in les Passions et la Sagesse, Pl., p. 238.
REM. On peut trouver dans les textes didactiques les formes latine amphitheatrum [ɑ̃fiteatʀɔm] ou grecque amphitheatron [ɑ̃fiteatʀɔn].
1 César, pour le munus (spectacle public) qu'il offrit à la plèbe à l'occasion de son quadruple triomphe, en 46 avant Jésus-Christ, adopta d'emblée (…) le dispositif du double théâtre qu'avait imaginé son ami Curion (…) mais (…) c'est à Auguste qu'il appartint de la réaliser (cette construction) en une pierre durable, et aux écrivains du siècle d'Auguste de forger le mot latin qui désignera désormais ce genre de monument : amphitheatrum.
J. Carcopino, la Vie quotidienne à Rome…, p. 270.
(1927). Géol. || Amphithéâtre morainique : suite de moraines terminales en arc de cercle autour de l'extrémité d'une langue glaciaire.
2 (1690). Dans certains théâtres, Étage supérieur où les spectateurs sont placés sur des gradins superposés. Poulailler.
2 L'amphithéâtre courbait longuement au-dessus du parterre sa guirlande de diamants, de fleurs, de chevelures, de chairs, de gaze et de satin.
France, le Lys rouge, XXXII.
(1694). Par ext. Ensemble des spectateurs qui occupent l'amphithéâtre.
3 J'ai cru (…) que ces endroits étaient clairs et intelligibles pour les acteurs, pour le parterre et l'amphithéâtre (…)
La Bruyère, les Caractères, I, 8.
3 (1751). Local garni de gradins réservé aux cours et travaux pratiques d'anatomie et de chirurgie.(XIXe). Par ext. Salle similaire où les professeurs d'université font les cours. Auditoire (régional), et aussi aula (2.).
4 C'est un usage que les professeurs récemment nommés débutent par une première leçon de généralités, laquelle se fait d'ordinaire dans un amphithéâtre plus vaste que celui qui sert aux leçons spéciales.
Renan, Questions contemporaines, Œ. compl., t. I, p. 177.
Abrév. fam. Amphi.
4 (1690). || En amphithéâtre. || S'élever en amphithéâtre, former un amphithéâtre : s'étager sur une pente. || « Que la ville étagée en long amphithéâtre (…) » (Hugo). || Ce terrain s'élève en amphithéâtre. || Jardins en amphithéâtre. || Les maisons d'Alger s'étagent sur un vaste amphithéâtre.
5 (…) parvenu au col qui attache les deux principaux sommets du mont Ganghour, je découvrirais l'amphithéâtre incommensurable des neiges éternelles.
Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe, t. II, I.
DÉR. Amphithéâtrique. — V. Amphi.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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